J’ai apprécié les rues et les trottoirs plus ou moins déserts sur le chemin du retour. J’habitais près d’un bar et j’aimais croiser les fumeurs, et les buveurs ayant besoin de quelques bouffées d’air. Il était encore tôt pour ça, mais il y en avait toujours pour occuper les alentours de l’établissement.
J’y étais entré une bonne dizaine de fois et ça m’a traversé l’esprit d’aller me détendre devant une bière. Mais j’ai préféré rentrer chez moi et me gaver d’une série captivante qui avait mis du temps à être en ondes. Je m’en délectais juste d’y penser.
Quand j’ai tourné le dernier coin de rue de mon itinéraire, les lumières d’une ambulance m’ont ébloui avant que je ne réalise qu’elle était stationnée devant l’immeuble où j’habitais. Je me suis mis à courir, assailli par un mauvais pressentiment. Plusieurs personnes entouraient le véhicule. Des curieux, des passants, des voisins ? Je n’ai reconnu aucun d’entre eux jusqu’à ce que Fernand fonce sur moi, agité et incapable de composer une phrase simple.
Fernand habitait au deuxième et partageait en partie le même mur que Daniel. Il était là depuis des lunes, et je le connaissais parce que le jour de mon déménagement, il avait réservé une place devant l’immeuble pour le camion que j’avais loué. Ça avait été une surprise, et sans ce geste généreux de sa part, il aurait fallu stationner le mastodonte bien trop loin. Il pleuvait à boire debout et j’avais remercié Fernand à maintes reprises ce jour-là. Un peu plus tard, je lui avais offert une bouteille de vin rouge car je l’avais aperçu en siroter alors qu’il prenait ses repas sur la galerie arrière. Il avait été touché. Très touché. Et j’avais vu chez lui une sensibilité authentique accompagnée d’un brin de tristesse.
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