– On a reçu un appel. Il semble que vous causez des problèmes. Et vous faites quoi, là ? Vous écoutez…

– au mur. Oui, j’écoute aux murs. Les murs ont des oreilles à ce qu’on dit. Mais parfois ils sont bavards. Comme ici, maintenant. Je fais ma bonne action. Je surveille. Je m’assure que la dame se fera pas frapper.

Une des policières m’a fait signe de me taire et a pointé le mur. J’ai compris tout de suite. Un mur avait deux côtés et il était fort à parier que Daniel avait vu les autorités débarquer et que lui aussi écoutait aux murs.

– On va monter, Monsieur Dublin, a suggéré l’autre policière.

Elle était minuscule et je ressentais une envie urgente de me venger. Mais un de mes anges gardiens m’a chuchoté que je serais le champion des cons si j’osais insulter une membre des forces de l’ordre.

On est entrés tous les trois chez moi et elles m’ont invité à m’asseoir sur le sofa encombré. J’ai obtempéré et elles sont restées debout. La miniature m’a donné des détails concernant la plainte et je ne l’ai pas interrompue. Lorsque le point final a finalement ponctué, j’ai mentionné que plusieurs appels avaient été placés au 911 concernant de la violence de Daniel envers la fille. Elles ont répondu qu’elles étaient bien au fait des antécédents.

– Je dois faire quoi, moi, alors ? Je suis pas témoin oculaire. J’en suis un auditif. J’enfonce des bouchons dans mes oreilles ou quoi ? Et lui, Daniel, il pense que je reluque sa femme. Il va s’en prendre à moi éventuellement.

La plus grande des deux a quitté la pièce et a circulé partout dans mon appartement. Je n’avais aucune idée des libertés qu’elle pouvait prendre et je ne comprenais pas pourquoi elle violait ainsi mon intimité puisque je n’avais rien à me reprocher. J’étais sur le point de m’enquérir de la nature de la plainte ou de la raison de la présence policière, mais la petite a lu dans mes pensées et a donné une explication. Elle avait dû déceler dans mon regard une lueur de désapprobation et estimé que je méritais une réponse.

– Il paraît que vous faites du harcèlement. C’est la routine de jeter un œil à vos activités. À votre environnement.

– Et vous croyez ça ?

– Tout est possible, Monsieur Dublin. Et pour répondre à vos questions, on a le devoir de porter secours à quiconque est en danger. Dans la mesure du possible. Il faut être raisonnable et ne pas se jeter dans la gueule d’un loup, bien entendu.





Invité(e), vous êtes à la page 17 de l'histoire.