– À moins d’agir en héros. Dans le but de passer aux infos.
– C’est vrai que des gens risquent leur vie pour sauver celle d’un pur étranger. Ça relève de l’exception et ce n’est pas ce qu’on attend des citoyens.
J’ai réfléchi un bon moment. Le plancher craquait sous les pas de l’investigatrice des lieux. L’étage du dessous était tranquille. Et aucune odeur de viande grillé me chatouillait les narines.
– Vous devriez aller en bas. Voir si tout va bien. Le gars était furieux et la fille avait réellement peur.
– C’était dans les plans. Mais pas pour les mêmes raisons.
– Ben faites d’une pierre deux coups !
– Monsieur Dublin, on a été appelés pour une plainte contre vous. Laissez-nous faire notre travail.
– Dites bien au gars que ma présence au parc remonte à bien avant son arrivée dans le quartier. Et que j’avais jamais vu sa blonde de si près avant cet après-midi !
La grande est revenue au salon et a demandé ce qui avait déclenché le malentendu. J’ai raconté ma version en détails, car les brides d’information que j’avaient jetées réclamaient un peu de cohésion. Et de cohérence.
Les filles étaient attentives et concernées et ça m’a plu. Toutefois, elles n’ont pas commenté et ont quitté mon appartement en me saluant discrètement. Je n’ai pas insisté. Je manquais un peu de lucidité et j’ai jugé que j’aurais tout le loisir de clarifier certains points dans le futur si c’était nécessaire. Car à ce moment-là, je ne voyais même pas de quels points il s’agissait exactement.
Elles ont fait tout un vacarme en descendant, comme si leur pouvoir devait s’exprimer coûte que coûte. Je me suis éloigné de la porte et des fenêtres, écoeuré par toute cette mascarade. La vérité c’est que si Daniel était taré, j’étais vraiment en danger et tout ça à cause d’une habitude inoffensive à laquelle s’adonnaient aussi la fille et l’enfant. Et parce que j’avais soutenu son regard, histoire de lui signifier mon dédain et mon mépris des êtres de son espèce. Ce qui, au bout du compte, il n’avait probablement pas saisi.
Je suis allé dans ma chambre et me suis étendu sur mon lit. J’ai laissé le temps s’égrener au rythme d’un tic-tac mécanique. Je n’avais pas sommeil, bien au contraire. Aucune marche à suivre ne me venait à l’esprit malgré les efforts de mes méninges. Connaître l’heure de départ du véhicule de police aurait pu être un indice. Puis je me suis ravisé. Cette donnée ne serait d’aucune utilité. Alors la durée de l’entretien chez les voisins d’en bas est restée une variable inconnue.
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