J’étais assis avec Benjamin, mon ami d’enfance. On l’appelait Ben, ce qui n’était pas très original. Sa copine l’appelait Jamin et Jamin n’appréciait pas trop. Pour le patron et les collègues, il était Benji. À ce qu’il disait, il n’était désormais Benjamin que pour des quasi-étrangers, comme ceux qui l’interpelaient dans une salle d’attente, ou ailleurs du même genre. Ses parents étaient décédés, et si des membres de sa famille vivaient encore quelque part, il n’en savait rien. Alors son prénom initial s’était éparpillé pour emprunter la voie de disparition. Et il lui manquait, ce prénom enterré somme toute avec sa maman. C’est ce que Ben prétendait.

Je ne le voyais pas très souvent depuis déjà quelques mois. C’était du sérieux avec son Émilia. Et je devais me faire une raison. À part moi, tous les membres de la bande étaient « casés ». À mon grand désarroi, Ben avait fini par l’être récemment. Je devais respecter ça, même si je me retrouvais tout seul avec mon célibat. Je voulais que Ben se sente à l’aise. Alors je ne mentionnais jamais combien sa place, désormais vide plus souvent qu’autrement, me chagrinait.

Si au moins j’avais eu une passion véritable. Comme celle qui brûlait dans le cœur des quelques individus que j’admirais. Ceux dont la vie était dominée par l’acharnement, ou la persévérance, Ceux qui détenaient la capacité de consacrer leur vie à développer leur art, et ce, sans se soucier des autres disciplines du même créneau dans lesquelles ils auraient excellé. Parce que viser l’expertise équivalait pour moi à fermer définitivement le menu après avoir choisi et passé la commande.





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