Ça, j’étais incapable de l’envisager. Et chaque jour qui se levait me dressait une liste interminable d’avenues à explorer. Des variantes de mon talent de base. Des produits dérivés. Tellement alléchants. Et je partais en guerre contre le buffet qui faisait défiler ses plats. Je voyais dans ma tête un tapis roulant devant lequel mes idées s’embrouillaient, attrapant une envie au passage, puis la remettant en place, et ce, en trottinant, car sa place s’éloignait, cheminait vers quelque part d’où son retour serait improbable.
Moi, j’étais un multidisciplinaire inachevé. Et ça, ça ne valait rien, et rien qui vaille. Car at the end of the day, j’ai un faible troublant pour cette expression américaine, j’avais les mains vides. Ou pas, convaincu que ma nouvelle acquisition m’apporterait le désir d’y investir mon âme et mon temps. Me permettrait d’être dédié comme les danseurs élite. Pour atteindre un sommet personnel continuellement revu à la hausse et proportionnel à l’ascension que coûtait la passion douloureuse.
Cette escapade n’était jamais arrivée. J’abandonnais tout ce qui était susceptible de l’être.
Mais j’avais tout juste vingt-cinq ans. Tout juste, mais tout tard aussi. Je ne savais pas où j’allais, mais au moins j’avais des jambes en bonne santé.
La fille est arrivée avec son bébé dans une poussette plutôt amochée. Ben et moi on était assis du côté des adultes, car celui réservé aux enfants accueillait d’un mauvais œil les grandes personnes sans marmaille. À l’époque des dénonciations de l’horreur pédophilique, il n’y avait rien de plus déplacé que d’aller observer les petits s’amuser sans en avoir une sous sa gouverne. Et c’était la moindre des choses de ne pas éveiller de suspicion ou d’inquiétude. Des tracas, il y en avait à la tonne qui se faufilaient dans les vies le plus naturellement du monde. Alors fallait pas en inventer.
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