Tu ne peux pas secourir quelqu’un qui ne crie pas à l’aide.

Vers dix-sept heures, je suis sorti sans me soucier de rien. Je ne marchais pas sur des œufs.Et rien ne me triturait le dos. J’étais préoccupé, c’était bien normal. Mais avec modération. C’est pourquoi j’avais décidé d’aller manger chez ma mère. Je n’ai pas utilisé mon vélo. Je craignais de croiser Daniel. Pathétique.

Comme toujours, ma mère m’accueillit avec sa chaleur légendaire. Elle trépignait de bonheur. Son excitation flottait partout dans la cuisine et se mélangeait aux épices qu’elle saupoudrait sur un morceau de viande. Je ne savais pas comment elle s’y prenait, mais même lorsque je venais sans m’annoncer à l’avance, il y avait toujours quelque chose que j’aimais qui mijotait pour moi. Je me sentais déjà mieux et réconforté, même si je n’avais pas l’intention de lui confier mon aventure.

Au bout d’un moment, un peu plus d’une heure en fait, j’en ai eu assez. C’était toujours comme ça avec ma mère, et ça n’avait rien à voir avec l’amour que je lui vouais. J’essayais toujours d’aborder les choses sous un angle nouveau. Ou d’amener un sujet qu’on avait pas encore décortiqué. Ou de la questionner. Ou de me laisser questionner. Ou de lui montrer des choses sur mon téléphone. Et quoi encore. Les avenues étaient infinies. Mais le résultat se résumait invariablement à un agacement qui m’écrasait les tripes et qui était impossible à désamorcer.

Pour me protéger, j’avais toujours un prétexte en poche que je mettais sur la table à mon arrivée. Et la pauvre ne s’en offensait jamais.

– Ça n’a pas d’importance, répétait-elle chaque fois. Profitons de ce temps qu’on a ensemble.

Je ne me sentais pas vraiment coupable. Je ne lui mentais pas. Mais toute vérité n’étant pas bonne à dire, j’omettais quelques sentiments.

Elle refusait toujours que je l’aide avec la vaisselle alors je suis parti vers les dix-huit heures trente, heureux de la voir souriante de crouler sous les chaudrons. Je me suis dit qu’elle était bien la seule à se réjouir d’une telle corvée mais je savais pertinemment qu’une femme intelligente comme ma mère était animée par l’amour qu’elle me portait, ce qui rendait le récurage de fonds de poêlons acceptable.





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