– Rentre chez toi au plus sacrant, ai-je sifflé entre mes dents. Ton chum est peut-être pas loin.

Elle a haussé les sourcils, éberluée. Et là le mot est faible.

– Mais non. Il est au travail.

Elle a regardé vers le sud en prononçant les mots, désignant ainsi la direction qu’aurait dû prendre le conjoint pour se rendre au travail. Ça s’avérait être en plein le sens contraire duquel j’arrivais. Ce geste a confirmé l’inévitable. Le gars allait me faire face d’un instant à l’autre.

– Rentre, je te dis !

– OK mais avant je dois te dire que ta présence au parc me cause des problèmes. Ce n’est pas ta faute. Mais là j’ai peur que ça te nuise et je voulais t’expliquer. Il a pas aimé aujourd’hui que …

– Rentre chez toi. J’ai compris.

Une partie de mon dos s’était mis à engourdir. J’ai imaginé que le trou creusé plus tôt saignait à nouveau alors qu’un outil pointu y plongeait, écorchant les parois au passage.

L’enfant a commencé à chigner et la fille a augmenté la cadence du balancement. Des mouvements de sa hanche qui ont immédiatement amusé le gamin.

Contre mon gré, j’ai finalement posé les yeux sur elle. Pas une fois je ne m’étais autorisé à le faire, croyant conjurer ainsi le mauvais sort. Mais me contenter de lui adresser la parole et de lui faire signe de rentrer chez elle en urgence n’avaient pas suffi. Et c’était normal. Elle ne se doutait pas de ce qui se tramait à proximité. Et moi j’espérais qu’il ne se trame rien.

Je ne l’avais jamais vraiment croisée, ni vue de si près et j’ai de nouveau été frappé par sa beauté. C’était vraiment une très belle fille. J’estimais qu’elle ne devait pas avoir vingt ans bien qu’elle fut mère. C’était peut-être son excuse pour agir en écervelée. Car je ne pouvais m’empêcher de la juger. La vérité, c’est que je lui avais administré une étiquette.

J’ai soudainement pensé à Lauranne. Puis des visages féminins se sont succédés. Toutes les filles que j’avais fréquentées ont fait irruption dans mon esprit, suspendues comme dans une galerie d’art. Que faisaient-elles là tout à coup ? Je n’ai pas eu le choix de visiter cette exposition inattendue, fouillant le moindre recoin des expressions. Lesquelles me condamneraient ? Et par le fait même me fourniraient la raison pour laquelle un châtiment s’apprêtait à s’abattre sur moi.





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