On a discuté quelques minutes devant le parc, puis on s’est séparés. Ben m’avait paru nerveux et j’ai attrapé son inquiétude comme on contracte un bon vieux virus lorsqu’il s’offre à nous. J’ai regardé plusieurs fois derrière moi et ce faisant, je me traitais de mauviette et d’imbécile. J’ai parcouru rapidement les cinq rues qui me séparaient de l’immeuble dans lequel j’habitais et je me confesse d’avoir été soulagé de l’apercevoir enfin. J’ai ressenti une certaine fierté car son apparence se démarquait des autres et reflétait parfaitement l’esprit farfelu de ses propriétaires. Et si ce sentiment d’appartenance à la différence me frappait chaque fois que je l’éprouvais, il n’en demeurait pas moins que ça compliquait l’existence car les vrais « à part » devaient l’assumer et s’imperméabiliser au jugement s’ils voulaient être heureux.

Ceci dit, j’estimais être un imposteur, car j’étais un numéro ordinaire à cent pour cent. Si j’attachais de l’importance à l’aura de la structure qui abritait les quatre pièces composant mon espace, c’était par coquetterie, tout simplement.

Au pied de l’escalier qui menait au deuxième, j’ai entendu une porte s’ouvrir. C’était ma voisine du dessous – je demeurais au troisième – qui passait sa tête dans l’embrasure. Dès qu’elle m’a identifié elle est sortie, son garçon dans les bras.





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