Je me souviens avoir pensé que c’était tout un hasard qu’elle m’apparaisse comme ça alors qu’elle avait été l’objet principal de ma conversation avec Ben. Parce que durant toutes ces années, je ne l’avais jamais croisée de si près. Habiter une grande ville venait avec son lot d’indifférence qui s’évanouissait dans les us et coutumes en vogue dans les villages, les régions et les campagnes.
J’étais embarrassé. Un terrible malaise prenait son élan. Je ne pouvais m’empêcher de craindre l’arrivée du conjoint. Car si Ben avait vu juste et que la brute nous avait suivis, elle se trouvait à quelques minutes de s’engager dans le même escalier que moi.
Je ne souhaitais pas être la confirmation d’une suspicion. Je ne voulais pas être un amant présumé. Je n’étais pas un secret, et encore moins une provocation. Alors j’ai fait signe à la fille de rentrer chez elle puis, arrivé sur le balcon, je n’ai pas dit bonjour et j’ai sorti ma clé. La fille balançait son fils de gauche à droite en me regardant. Je sentais son regard sur moi. Elle n’allait nulle part et je me demandais pourquoi elle se dandinait à mes côtés. Peut-être attendait-elle un livreur.
J’ai inséré la clé dans la serrure et l’ai tournée. Le son familier m’a rassuré et la porte s’est ouverte. Une odeur de poisson grillé m’a sauté dessus et j’ai déploré cette redondance dans le menu de mon voisin de palier. J’allais m’engager dans l’entrée quand la fille a posé sa main sur mon bras.
J’étais sidéré. Elle aurait voulu attirer le diable qu’elle n’aurait pas fait autrement.
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