Elle s’est éloignée et je l’ai suivie des yeux. Sa silhouette me plaisait. Son allure si délicate. Ses doigts si effilés alors qu’ils tenaient le stylo qui en fin de compte n’avait servi à rien sauf à les mettre en valeur.

– Non mais tu t’es vu ! s’exclama Ben dont le teint avait viré au rouge tellement la répression de son fou rire avait été laborieuse.

Je me suis tourné vers lui et lui ai fait signe de se détendre. Lauranne allait revenir avec les tasses et je ne voulais pas l’indisposer. Ben s’est pincé la peau du bras droit et il a gémi de douleur. Puis Lauranne est apparue comme par enchantement. Je ne l’avais pas entendue arriver. Peut-être se déplaçait-elle en flottant, car elle semblait si légère. Son parfum discret, savonneux, m’a donné envie de respirer alors qu’elle déposait les tasses. Je me suis demandé comment la retenir mais je n’ai rien trouvé. Elle a fait une petite pause et Ben l’a remerciée et je l’ai imité. Puis elle a filé. Ça m’a fait penser à une aiguille qu’on enfile. Lauranne ne marchait pas, elle se faufilait.

– Seigneur, quelle journée ! a dit Ben, comme si on avait été ensemble depuis le matin.

– Je te signale qu’on s’est rencontrés vers 14 heures et qu’il n’est pas encore 15 heures.

– Bah, c’est une façon de parler.

– Alors pourquoi on est ici, au juste ?

– Je t’ai déjà expliqué ça. Ce gars-là, il a la gâchette facile. Il ne demande qu’à être provoqué. Tu l’as dévisagé et pour ce genre de type, c’est un affront. Il a pas voulu baisser les yeux en premier…

– Il l’a fait.

– Oui, à cause de son fils.

– Alors je suis en danger, c’est ça ?

– Non, je crois pas. C’était seulement préférable de ne pas jeter de l’huile sur le feu.

– Et tu penses qu’il se serait passé quoi si on était restés dehors ?

– Je sais pas. J’ai juste pas pris de chance.

– Il est où maintenant ?

– Je sais pas. Il n’est pas revenu sur ses pas, en tout cas.

– C’était peut-être une coincidence. Je veux dire, il devait prendre cette rue d’une manière ou d’une autre.

– C’est possible.





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