Le café était goûteux et bien corsé. Ben le trouvait savoureux aussi, et avoua que, comme moi, il s’était fié aux apparences et ne se serait jamais douté que l’endroit réservait de telles surprises.

– Blagues à part, a poursuivi mon ami, ne fais pas l’impossible mais sens-toi concerné. Si ça se présente, donne un coup de main. Ça te sera rendu un jour. Pas par la fille. Pas dans les mêmes circonstances. Mais rendu quand même. Comme un boomerang qui voyagerait dans le temps.

Ben adorait compliquer des phrases de temps en temps à l’aide de comparaisons singulières. Ce jour-là ne faisait pas exception et j’ai souri en imaginant ma bonne action propulsée dans les airs et disparaître à l’horizon.

– Je t’ai dit qu’elle a eu l’occasion de le quitter à maintes reprises. Elle est toujours revenue !

– Mais c’est normal tout ça, Rafael. Le cycle de la violence, ça ne te sonne pas des cloches ? Les journalistes en parlent toujours quand un drame survient. Un meurtre ou…

– Ben, Ben, si elle revient, c’est qu’elle accepte sa relation de couple. Un point c’est tout.

– Là je te reconnais pas, tu sais. Tu cherches à comprendre, d’habitude. Tu as envie de t’informer. La violence conjugale, c’est beaucoup plus complexe que tes déductions. C’est pour ça que c’est difficile à résumer. Et que tu devrais prendre une vingtaine de minutes pour lire un peu sur le sujet.

Ben me connaissait bien et il n’avait pas tort. Mais quelque chose en moi résistait. Était-ce de la paresse, un manque d’empathie ou de la répugnance, je ne le savais pas vraiment. Mais la situation de cette fille me rebutait. Elle était avec son homme de son plein gré. Ça ne ressemblait en rien aux femmes qui tentaient de rompre. Puis qui payaient de leur vie la rupture, et ce, après avoir été terrorisées à outrance.

– Et tu ferais quoi à ma place ?

– Ça dépend.

– Tu sais que ce n’est pas à moi de descendre la défendre si je l’entends encore crier. Interférer comme ça pourrait me valoir quelques bonnes taloches. Certains en sont morts. Le gars est en forme. Tu l’as vu comme moi.





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