J’ai regardé l’enfant et je me suis dit que sincèrement on était loin de naître tous égaux. Lui n’avait rien choisi et cependant il était le témoin quotidien des travers du couple. Si je ne pouvais rien faire pour sa conne de mère, j’aurais bien souhaité le secourir, lui, ce petit garçon pas encore corrompu.
Une voiture de police s’est frayé un chemin et s’est garée derrière l’ambulance. Tous les intervenants ont discuté une minute puis l’ambulance a quitté. J’ai reconnu les policières. La miniature est montée et s’est montrée aimante et douce avant d’arracher le garçon des bras de Simon. Non pas qu’elle fut brusque ou zélée, loin de là. Mais je crois que Simon a eu du mal à se libérer du petit. Peut-être avait-il eu les mêmes réflexions que moi à son sujet. Peut-être méprisait-il les agissements de la fille autant qu’il déplorait la vie infernale d’un être si jeune et sans défense.
Fernand est rentré chez lui. Le dos courbé. Les épaules affaissées. Le regard chagriné. J’aurais aimé qu’il partage ses émotions avec nous. Mais Fernand était discret. Il faisait le bien autour de lui sans jamais soutirer le moindre geste de reconnaissance. Il était comme ça. Une souris qui ne chipait pas de fromage. Un chat qui ne pourchassait pas les souris. Un gars qui ne jugeait pas les souris ni les chats.
Simon m’a dit bonsoir et s’est engagé dans l’escalier en titubant. Il aimait bien picoler aussi, et il avait peut-être abusé en soupant. Les gens disparaissaient peu à peu et la rue reprenait son allure habituelle.
Une auto blanche s’est arrêtée et un couple mal assorti en est descendu. La femme a regardé autour d’elle et a suivi l’homme jusqu’à l’appartement de Daniel. L’homme a eu du mal à dénicher la clé. L’anneau énorme et argenté était tellement fourni. Finalement, les deux ont foncé tête baissée et refermé délicatement la porte derrière eux.
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