– Arrête, Daniel, haleta la fille alors que le gars soulevait son t-shirt et dévoilait la poitrine mise en valeur par un soutien-gorge sophistiqué.
C’en était trop et je me refusais d’assister à ça. Ce Daniel exhibait sa marchandise et ça m’horripilait. Mais ce qui me déstabilisait encore plus, c’était que la fille se laissait faire. Son « Arrête Daniel » avait manqué de conviction.
Je me suis engouffré dans le vestibule et j’ai refermé violemment la porte. J’ai vérifié qu’elle était bien verrouillée. Puis je suis resté là, prêtant l’oreille à ce qui se déroulait dehors.
Les pleurs de l’enfant persistaient mais à part ça, je ne percevais rien. Puis une porte qui claque et des pas précipités. Le couple était à la maison et le bambin hurlait.
Puis plus rien. Le silence total.
J’ai fait la plante verte quelques minutes. Puis des minutes supplémentaires se sont multipliées. Parce que j’espérais toujours entendre un son d’une seconde à l’autre. Un bruit issu d’une vie normale, si possible. Pas celui d’une taloche. Ou pire.
Le mur qui me séparait de Daniel était bien moins étanche qu’un plancher. Alors tout branle-bas de combat, allant d’une agression jusqu’à l’entrechoquement d’ustensiles dans des assiettes, serait en mesure de me parvenir.
C’était le calme plat. Je me suis dit que la famille était peut-être sur la galerie arrière. Que Daniel était probablement au-dessus de son barbecue qui trônait et occupait presque tout l’espace, rendant même l’accès à la corde à linge difficile. La fille et le garçon admiraient certainement ses talents, installés sur une chaise dont les pattes étaient à cheval sur la frontière naturelle d’une galerie partagée entre voisins. Vulnérables. Car une partie de leur corps était exposée au vide, là où la rambarde en fer forgé faisait une pause pour céder le passage à l’escaler.
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