Ce n’était pas la première fois que Ben me passait un savon et ce ne serait pas la dernière. Il avait toujours été équilibré et sain ce gars-là. Alors quand il intervenait, je l’écoutais. Et je suivais généralement ses conseils. Et je le faisais avec enthousiasme parce que moi aussi, je lui étais utile. En vérité, il avait recours à mes idées fréquemment et ça me plaisait. Je crois que lorsqu’il avait besoin d’un avis pour clore une réflexion, il me sollicitait. Histoire de confirmer que c’était son idée la bonne.

– Ben, mon voisin de palier a appelé la police à plusieurs reprises. La fille quitte pour quelques jours, bien escortée, mais ne porte pas plainte. Puis elle revient. Alors…

À ce moment-là, Ben m’a poussé violemment vers la porte du restaurant devant lequel on bavardait. On y est entrés précipitamment et Ben m’a entraîné jusqu’à une table au fond près des toilettes. La place était presque vide et je n’avais pas vraiment envie d’y être. Je n’y avais jamais mis les pieds et j’ai été surpris par le décor, l’odeur et l’ambiance. La devanture de l’établissement promettait tout sauf ce que j’’observais alors que le regard de Ben circulait nerveusement quelque part derrière moi.

– Il poursuit sa route, a dit Ben en se glissant sur la banquette. On va prendre un café rapide et on s’en va.

J’ai pris place en face de Ben en l’interrogeant du regard. Il m’expliqua que le conjoint nous avait suivis et que c’était mieux d’éviter toute altercation. Une jeune femme en uniforme s’est approchée, interrompant l’argumentaire de mon ami. Elle nous a souri gracieusement et Ben a commandé deux cafés.

– Ce sera tout ?

– Oui, merci.

Elle s’adressait à moi et je me suis senti tellement unique, tellement privilégié. Après tout, ça aurait été injuste que ce soit Ben qui ait été dans la mire de Lauranne – c’était le prénom inscrit sur l’épinglette agrippée à la blouse – puisque qu’il s’était déjà engagé avec une fille.

– D’accord.

– Merci encore, Lauranne.

J’ai tout de suite regretté cette familiarité. J’avais peur d’avoir trop poussé le bouchon mais les yeux de Lauranne, que je n’avais pas cessé d’explorer, se sont illuminés. Ça m’a sincèrement étonné. C’était la première fois que je m’avançais de la sorte. Jamais j’avais eu à faire les premiers pas vers une fille. J’avais été chanceux à ce sujet-là.

– De rien, heu …

– Rafael.

– Alors de rien, Rafael.





Invité(e), vous êtes à la page 6 de l'histoire.